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Goldfinger (1964) - Guy Hamilton


Goldfinger, malgré son âge, est très certainement l'un des James Bond les plus connus, l'un des premiers titres qui vient à l'esprit quand on parle du célèbre espion britannique. La raison en est simple : c'est le film qui a popularisé 007 au niveau mondial, celui à l'origine de la bondmania qui ne s'est jamais éteinte malgré des hauts des bas et l'absence des écrans pendant 6 ans entre 1989 et 1995.

Goldfinger, ce sont des idées novatrices et marquantes : L'apparition du premier prégénérique explosif, la chanson tonitruante de Shirley Bassey (assurément l'un des meilleurs titres de la saga), Jill Masterson (Shirley Eaton), morte, allongée sur un lit et recouverte de peinture dorée, le chapeau tranchant de Odd-Job (Harold Sakata), l'Aston Martin DB5 remplis de gadgets, etc. Le 3ème film fait de James Bond une sorte de super-héros à qui rien ne résiste même pas une lesbienne immunisée des hommes, la dénommée Pussy Galore (Honor Blackman). Tout cela a contribué à son succès et à sa renommée tout en forgeant l'imagerie bondienne jusqu'à nos jours. Je connais même un communiste convaincu qui était allé voir le film à l'époque, c'est dire l'impact qu'avait le 3ème James Bond ; Et pourtant, le film a de nombreux défauts qui m'ont toujours gâché le plaisir.

J'ai toujours trouvé que le rythme manquait de nervosité. Longtemps, j'ai pensé que c'était dû au fait que James Bond passait la deuxième moitié du film prisonnier d'Auric Goldfinger (Gert Fröbe) mais en réalité ce n'est pas le problème car il s'y passe pas mal de choses : la réunion de Goldfinger avec les gangsters où il expose son plan, Bond qui devine le véritable projet de son ennemi au cours d'une conversation avec lui ou l'attaque de Fort Knox. Le problème n'est pas le manque de suspense et d'événements, le problème est la mise en scène de Guy Hamilton. Elle manque souvent sérieusement de relief et c'est ce qui plombe le film. Il faut dire aussi que le roman d'origine, respecté par le film dans les grandes lignes, est vraisemblablement le plus faible écrit par Ian Fleming, le seul en tout cas qui à ce stade de ma relecture chronologique de ses oeuvres m'a déçu.



D'autres choses s'ajoutent aux défauts. Cec Linder est un Felix Leiter bien fade après la très bonne prestation de l'agent secret américain par Jack Lord dans Dr No. Cec Linder fait de Félix Leiter un fonctionnaire lambda d'une administration banale. Où est passé l'éclatant agent texan décrit par Ian Fleming ? Et pourquoi lui et son collègue prennent leurs ordres directement de M, le directeur du MI6, les services secrets anglais alors qu'ils sont de la CIA et en prime, sur le sol des Etats-Unis ? C'est assez incohérent mais on peut s'amuser de cette vision du monde de cette Grande-Bretagne encore toute puissante et qui tire les ficelles face aux Etats-Unis. Je crois cependant que le plus gros ratage est l'évanouissement des militaires autour de Fort Knox, tellement mal orchestré et mal joué que je l'ai toujours trouvé ridicule alors que le passage est sensé être l'un des plus dramatiques du film.

Tout n'est cependant pas négatif. Il y a ce que je signalais dans le deuxième paragraphe mais surtout la première moitié du film qui se regarde avec un réel plaisir. James Bond s'amusant à empêcher Goldfinger de tricher aux cartes à Miami, la partie de golf entre les deux protagonistes très amusante à suivre et les dialogues qui ont fait l'objet d'un excellent travail sont les principaux éléments qui participent à faire de Goldfinger un opus divertissant. Il contient d'ailleurs l'une de mes répliques préférées : "My dear, some things just aren't done. Such as drinking Dom Perignon 53 above a temprature of 38° fahrenheit. That's as bad as listening to The Beatles without earmuffs" que la version française a traduit par "Ma chère petite, il y a des choses qui ne se font pas. Tel que de boire du Dom Perignon 55 à une température au-dessus de 3 degrés. C'est aussi malsain que d'écouter les Beatles sans boules Quies". Le Dom Perignon 55 est-il meilleur que le 53 aux yeux des traducteurs français ?

Il faut aussi évoquer le compositeur John Barry qui, à coups de percussions, cuivres, violons et autres, offre une bande originale d'une grande richesse. Elle fait partie de celles que j'écoute le plus régulièrement. J'avais lu quelque part que Sydney Pollack avait dit qu'on ne pouvait écouter la musique du film sans le faire défiler dans sa tête. C'est la vérité. Malgré ses faiblesses, beaucoup d'images du film me viennent immédiatement à l'esprit quand j'écoute la bande originale de Goldfinger.

Comme pour Dr No et From Russia with love, la restauration de Goldfinger est splendide. Encore une fois, de nombreux passages offrent une redécouverte du film. Le générique avec ses femmes aux corps dorés est magnifique.


Commentaires

  1. Je pense l'avoir déjà raconté. A Marseille, j'ai douze ans et demi, environ. La queue, devant le cinéma Rex, rue Saint-Ferréol, s'étend jusqu'au coin du trottoir suivant (du jamais vu). Dans la vitrine du Magasin Général, l'Aston Martin est exposée. Depuis quelque temps et durant longtemps encore, on ne parle et on ne parlera que de ça : Goldfinger ! Le film, le chapeau qui décapite, la fille peinte en or, l'invincible Odd-Job, la voiture impensable, littéralement inimaginable, la chanson par la voix de Shirley Bassey. Au vrai, il faut avoir vécu cela, ça ne peut même pas s'évoquer.

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  2. J'oubliais : les défauts, personne ne les voit à l'époque, personne. Rien. On est snobé par le film, on ne remarque rien, même pas le mauvais choix effectué pour le rôle de Félix Leiter. On est épaté.

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    1. Le manque de relief dans la mise en scène est vraiment ce que je reproche à Goldfinger. Guy Hamilton fera pire dans ses trois autres Bond surtout avec Live and let die.

      Pour ce qui est des techniques et effets spéciaux de l'époque, je sais me mettre "mentalement" au moment où le film a été fait, ou du moins j'essaie toujours de le faire. Les défauts techniques de Goldfinger, ce n'est vraiment ce que je reproche au film.

      Si un jour, j'avais l'occasion de voir Goldfinger sur grand écran, il est évident que je m'y rendrais. Cependant, jamais ça ne remplacerait l'ambiance des années 60 et l'événement cinématographique qu'a été la sortie du troisième James Bond.

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  3. Comprenons-nous bien : je suis d'accord avec votre article. Je voulais seulement évoquer un souvenir.
    "L'ambiance" des années 60, qu'est-ce que c'est ? C'était dû, surtout, au fait qu'on n'avait, alors, pas vu autant de choses que depuis, évidemment. Une seule chaîne de télévision en noir et blanc, le téléphone fixe pas partout et des années pour l'obtenir, peu de voyages, pas d'Internet évidemment, pas d'ordinateur naturellement, des photocopies sur papier thermique (plusieurs minutes pour une page, avec emploi d'un négatif)... Alors, l'Aston Martin et la fille en or arrivant là-dedans, ça changeait un brin.

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    1. Vous avez bien sûr toute la liberté de ne pas approuver ce que j'écris.

      L'événement Goldfinger doit effectivement être un formidable souvenir. Aujourd'hui, nous baignons dans la médiatisation à outrance, les images sont omniprésentes, les sorties des films n'ont certainement plus la même saveur.

      Cela dit, les multiplexes, si on regarde bien, sont quand même assez récents. J'ai quelques souvenirs de films dans une salle du genre "La dernière séance" avec la vendeuse de glaces qui déambule entre les rangs à l'entracte. Aujourd'hui, les images sont parfaites, le son en 5.1, les effets spéciaux indétectables mais le charme n'est plus le même.

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  4. Non, le charme n'est plus le même. J'ai d'autres souvenirs, plus anciens encore, avec les places du balcon plus chères que celles de l'orchestre. Avec la possibilité de téléphoner de chez soi (enfin, pour ceux qui avaient le téléphone) pour réserver des places qu'on retirait à la caisse, à l'heure de la séance. Avec des premières parties complètes : actualités, court-métrage (on disait : "petit film"), dessin animé (parfois deux), bande-annonce (on disait : "les lancements"). Avec, mais c'était déjà rare, une attraction, sur la scène, durant l'entracte. Avec fouille au corps à l'entrée, pendant la guerre d'Algérie. Avec, un peu après mais avant Goldfinger tout de même, des places à deux francs (trois au balcon) à Marseille, cinq francs à Paris. Mais tout ça ne veut plus rien dire.

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